lundi 14 juin 2010

Poème d'Ilarie Voronca

Un poème sans titre, d'Ilarie Voronca extrait d'Ulysse dans la cité (1933)

L'avoine du vent se renverse dans le sac de l'air
La harde de l'horizon hennit
Les glandes des sommets deviennent moites
Dans les éprouvettes de l'ombre le soir foisonne
Tes regards tissent une chemise aux broderies paysannes
Puis dans un cliquetis d'étoiles on relève la garde du ciel
Qui m'appelle? Est-ce toi l'auteur de ce poème?
Ma vie est enfermée ici entre les pages de ce livre
Comme un commentaire
Comme une ombre dans les feuillages du chêne
Me voila devant toi qui es-tu? qui suis-je?
Qui de nous deux engendre l'autre?
Tu t'appelles Ilarie Voronca et tu as vingt-trois ans
D'autres avant toi ont eu aussi cet âge
Leurs noms étaient plus sonores et ils jonglaient avec le ciel
Eux aussi se sont penchés sur le passage à niveau du cœur
Le garde-barrière tirait au train la langue du fanion
Eux aussi ils ont demandé aux profondeurs la signification du dernier départ
Sur les vitres les fleurs de glace dessinaient la respiration des événements
Dans la tanière du rêve les choses se réveillent prennent forme
Je me débat je veux m'échapper de la cage des mots
Aiguille donc ailleurs la tristesse inévitable
La plume cordon ombilical me relie à toi
Tu m'as vu dans les cinémas ces archets du silence
Sur tes lèvres la voix fait naufrage

vendredi 28 mai 2010

Signing on your head the virtual bondaries
I leap my leg and piss on your knees.
Never to be told is the truth I hold
One touch
One word
The hands have passed away
With cars, boring friends and masochists suffering.
I already see our harmful memories
Dancing on my knees with joyful smiles
The fighting is over
The mind can rest and sleep, and sleep.

"Ainsi Amour inconstamment me mène;
Et quand je pense avoir plus de douleurs,
Sans y penser je me trouve hors de peine."

jeudi 27 mai 2010

Vapeurs

Un ciel gris et bas suce les cheminées
Paris connaît ses premières pluies tropicales
L'été
Les idées moites coulent grossièrement le long des bus
Toute la ville suinte et gémit.
Monsieur désire-t-il un rafraîchissement?
Apportez moi quelque chose de saignant, avec un peu de céleri
Apportez-moi du papier frais et vite!

mercredi 26 mai 2010

Paris sous la pluie

On joue au tennis dans tout Paris
Plic Ploc
St Germain sous une bâche,
La rive droite boit, la bouche tendue vers un soleil masqué
Et la Seine s'engraisse, déborde.
Désormais Paris barbote.
Je rejoins la Butte en crawl,
Retour aux origines.
Pendant que je regarde passer l'orage, je me sens seul
Il faut travailler;
Alors le niveau monte et mes amis s'affolent
Percée de soleil, je peux dormir tranquille
La terre est folle, je suis le premier des imbéciles

mercredi 21 avril 2010

Jogging empoisonné

Les cigarettes et la pollution,
Dans Paris assoiffé,
Brulent les yeux
crament les poumons;
Les cigarettes et la pollution,
auprès du jogger motivé,
serrent la gorge et le menton.

mardi 23 mars 2010

Sans titre

Elles baissent les yeux à l'approche des garçons
Comme croisant une pensée inutile.
Mes parisiennes,
Les cliquetis discrets des pavés Haussemaniens font-ils toujours sonner nos oreilles des mêmes sons bariolés et interdits?
Vous eussiez rit différemment à Madrid, Mexico ou Berlin
Vos rires résonnent sur les pavés des capitales mais s'éteignent en votre terre natale.
Des rivières aussi coulent en secret et les pensées perdues,
dorment encore sous vos seins, sous vos seins nus.
Paris sourit à qui s'en va
Voici venir le mois de mai
Vos sourires fleurissent sous vos pas
Voici l'été et je m'en vais.

jeudi 11 mars 2010

Instantannées

Le train train quotidien titille les oreilles tondues de mille sons poilus
Les matines monacales emboîtent les sonates alarmées des usuriers perdus
Les sonnets romantiques des étudiants de la république des pacotilles parsèment les rues salies
La lavande, les jacinthes et le cuir tamisé patinent les yeux d'un garçon paumé
Les obus offusqués d'un maréchal aux commandes pleurent sur le littoral piémontais
Les familles grassouillettes triturent les totems républicains du Luxembourg en crachant sur les couples englués
Le soleil en écharpe grelotte sur les pavés mouillés du ciel
La lune laiteuse baigne dans un fond de cassis, éclaboussures de rires et soleil couchant
Les piments grillés grignotent le ventre élargi des marins en permission

Les filles en sandales sautillent sur mon cœur
Les garçons ambitieux salissent mes mains blanchies
Et les heures grincent toujours à l'approche des cimetières